vendredi 11 octobre 2019

Reflets en images de la Conférence-table ronde à l'Université de Neuchâtel


De l’indignation à l’audace
Conférences et table ronde inter-générations
Mardi 24 septembre 2019, à 18h15

Université de Neuchâtel, Aula des Jeunes-Rives
Photographe attitré de l'UniNE :
Monsieur Bernard Léchot

Cliquez sur l'image pour l'agrandir !








lundi 30 septembre 2019

« De l'indignation à l'audace ! » Reflets de la Conférence-table ronde à l'Université de Neuchâtel

Un engagement multi-facettes pour le climat par des jeunes actifs, créatifs, constructifs

Conférence-table ronde à l’Université de Neuchâtel avec les Grands-parents pour le climat 

Quels rafraichissants dynamisme et originalité dans les démarches lancées avec enthousiasme - et efficacité - par des groupes de jeunes à propos de l’enjeu climatique. C’est ce qu’ont pensé beaucoup des plus de 400 personnes (salle comble) assistant le 24 septembre, à l’Université de Neuchâtel, à « Agir ensemble pour le climat - De l’indignation à l’audace ». On sentait, on vivait que les choses bougent. Manifestation organisée avec les « Grands-parents pour le climat » (qui avaient mis sur pied un événement comparable à l’Université de Lausanne en novembre dernier). 

Ce qui a été particulièrement impressionnant, c’est la table ronde avec six jeunes, filles et garçons, qui tous exemplifient la preuve par l’acte. En consacrant beaucoup d’énergie et de temps à des actions dans des domaines/directions multiples : démarches très pratiques pour limiter le gaspillage alimentaire, permaculture, Semaines de la durabilité printanières dans plusieurs dizaines de Hautes Ecoles du pays. Engagement dans la foulée de Greta Thunberg : la plus jeune de ces personnes, Diane Lou Pellaud, 15 ans, de Bienne, agit dans son lycée et a instauré la « Grève du silence pour le climat ». Le vendredi, et elle en avertit ses professeurs chaque jeudi, elle ne parle pas - ne participe pas aux discussions, ne répond pas aux questions… Attitude claire mais non disruptive - c’est bien.

Un autre est un militant affirmé dans la ligne de la désobéissance civile et d’Extinction Rébellion. A noter parmi eux un apprenti maraicher - qui démontre que la forte préoccupation n’est pas le monopole d’universitaires. Les jeunes ont dialogué avec les orateurs du jour (voir ci-dessous) et avec Martine Rebetez et Jacques Dubochet, sous l’experte modération de Nicole Baur.

La conférence avait été ouverte par le professeur Jean-Marie Grether, vice-recteur de l’Université, qui comme institution est aussi très engagée pro-climat. Puis deux exposés : de Ellen Hertz, professeure d’ethnologie dans cette université, et Philippe Thalmann, professeur d’économie de l’environnement à l’EPFL. 

Ellen Hertz s’est entre autres adressée aux seniors/retraités présents, soulignant que s’engager comme ils le font est une bonne façon d’utiliser le temps libre à leur disposition. Relevant que, si la colère de jeunes ne surprend pas, celle des vieux, par contre, gêne, est un scandale. En tirer profit : « Autorisez-vous à afficher votre colère, testez les limites ! », a-t-elle dit. Peut-être les « Grands-parents » devraient-ils être plus vifs dans leurs démonstrations - mais ils le sont parfois, et restent aussi attentifs à de possibles effets contre-productifs. L’oratrice a parlé de l’économie du don, la règle dans les sociétés dites primitives. Avec le développement des Etats, préoccupés du bien-être des citoyens - idéalement, on est allé vers des modèles divers de redistribution.

Philippe Thalmann a structuré son propos en discutant sept possibilités pour nos sociétés de répondre au dérèglement climatique : 1) Continuer comme maintenant (business as usual) – ce serait insensé ; 2) Procéder par améliorations ponctuelles et progressives – OK, mais très insuffisant ; 3) Corriger les « imperfections » du marché -  tenir compte notamment des coûts externes, un aspect essentiel, ne pas vouloir de monopoles, guider les acteurs ; 4) Corriger les « imperfections » de l’Etat – qui peine beaucoup à prendre des mesures  adéquates ou est bloqué quand il tente de le faire, court-termisme électoral ; 5) Accélérer la transition écologique – économie circulaire et autres mesures, y compris subventions aux activités favorables ; 6) «  Halte à la croissance » (rappel du Rapport au Club de Rome), ce qui n’empêche cependant pas une expansion des services, moins producteurs de CO2, et 7) Instaurer l’urgence climatique – avec des mesures suffisantes mais qui auront des dimensions dures voire autoritaires, pas aisément acceptées sans doute !

Chose à noter, les deux orateurs ont relevé qu’il ne s’agissait pas de jeter aux orties sans autre forme de procès, de manière dogmatique, le modèle libéral (au sens large) de fonctionement de nos sociétés (trop simple et risqué de « vilipender le capitalisme »), mais qu’il fallait tirer profit de ses potentialités favorables tout en canalisant/bloquant ses effets indésirables voire clairement nuisibles.
Une sensibilisation de la population en général est impérative, qui doit aussi être promue par des engagements clairs et courageux des pouvoirs publics. Il y aura certainement lieu de revoir/modifier certaines prérogatives et responsabilités institutionnelles – des parlements et gouvernements, de manière à minimiser des blocages qui ne feront qu’aggraver les problèmes. Bien entendu, personne n’a dans cette affaire de recette-miracle ; d’une manière ou de l’autre l’évolution/révolution doit être une entreprise collective, celle d’une communauté (locale, nationale, mondiale) qui a pris conscience des enjeux. 

On le sait et on le voit, il y a dans la nouvelle génération une impatience, une frustration, une colère, devant la lenteur des politiques, à vrai dire de la société en général, à admettre la réalité des faits – et leur gravité. Puis, quand ces politiques comprennent, la lenteur des processus de nos démocraties – démocratie directe à la suisse en particulier - fait problème. Cela étant et malgré des difficultés certaines, programmées, cette soirée a apporté un vent frais porteur d’espoir.

Jean Martin / 26.9.2019

L'actualité scientifique de Jacques en août 2019

01.08.2019 Nature 572,7767
-11. This week.

CLIMAT, TEMPÉRATURE, RECORD, EUROPE, INDE. Tous

Double série de records de température en Europe en moins d'un mois. 38,7°C en Angleterre, 46°C en France (record battu de 1,9°, bravo !). Tout ça, de la rigolade à côté des plus de 50° pendant plusieurs semaines le mois passé en Inde et les 55° mesurés au Kuwait et au Pakistan l'an passé (3e plus haute température officiellement mesurée). Bravo aussi !

-15, Heidi Ledford, News

INGENIERING GÉNÉTIQUE, CRISPPR, RÉGULATION UE, Les biologistes.
OGM : on n'est pas hors de l'auberge.

Dans la Communauté européenne, tous les produits de consommation génétiquement modifiés sont soumis à une réglementation bien plus sévère que les produits non génétiquement modifiés. Jusqu'ici, il était relativement facile de distinguer un OGM d'un organisme produit par les méthodes standard de sélection parce que les manipulations impliquaient de relativement gros morceaux d'ADN transférés ou modifiés. Ils étaient vite et précisément détectés par les méthodes standard d'amplifications des fragments d'ADN.
Avec CRISPR, tout change. Il se peut, par exemple, que le nouvel organisme soit obtenu en changeant une seule base (une lettre de l'ADN), juste au bon endroit. Comment savoir ce qui a été changé parmi les mutations naturelles qui arrivent, comme ça, par hasard ? On ne le verra que si on sait où regarder. Les firmes ne sont pas prêtes à communiquer leurs petits secrets.
Les Américains ont trouvé leur solution. Les « OGM » obtenus par modifications génétiques ciblées grâce à CISPR, ou avec des outils semblables, ne sont pas des OGM. Les Européens restent à la définition classique et ne savent plus comment faire.
Nous avons déjà discuté l'arrivée prévisible de ce problème. La solution consisterait à ne pas se préoccuper de la façon par laquelle la modification est obtenue, mais seulement de ce qui est obtenu.

Ledford, H. (2019). CRISPR conundrum: Strict European court ruling leaves food-testing labs without a plan. Nature, 572(7767), 15. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31363192. doi:10.1038/d41586-019-02162-x

-35-36 (commentaire), 51 – 55, Toll et coll.

CLIMAT, POLLUTION, AEROSOL, NUAGE, EAU, RÉFLECTANCE, GEOINGENIERING. .  Com sci. GPclim, un peu indigeste. Ernst Zürcher qui décrit l'augmentation de la couverture nuageuse au-dessus des forêts pourrait être intéressé.

L'effet de la pollution sur la réflectivité des nuages ; nombre et dimensions des gouttes d'eau.
Les microparticules de la pollution favorisent la formation des gouttes d'eau. De ce fait, la dimension des gouttes dans un nuage pollué est plus petite que dans un nuage propre. Conséquemment, la réflectance est plus élevée; le flux solaire est mieux renvoyé dans l'espace. Ainsi fonctionne l'effet refroidisseur de la pollution. On dit que, sans cet effet, l'échauffement climatique actuel de 0,9°C serait de 1,1 ou 1,2°C. Les géoingénieurs aiment ça. Ils imaginent un bel avenir pour lur profession. Nous, nous n'aimons pas.
Autre phénomène découvert et documenté dans le cadre de cette étude (mais non expliqué), la concentration en vapeur d'eau est plus petite dans une plume de pollution (typiquement dans le nuage de microparticules issu d'une centrale thermique) que dans l'air non pollué. 
Les deux phénomènes (dimension des gouttes et concentration de vapeur d'eau) ont un effet opposé sur la réflectance. Comment se compensent-ils ?
La réponse donnée ici est que la réflectance est d'abord déterminée par la dimension des gouttes. Son augmentation par la pollution n'est compensée que pour 1/4 par la relative sécheresse des plumes de pollution.
Bref, on en reste à peu près où on en était; la pollution par les microparticules reste un facteur de refroidissement du climat, juste un peu moins fort qu'on le pensait précédemment.

Toll, V., Christensen, M., Quaas, J., & Bellouin, N. (2019). Weak average liquid-cloud-water response to anthropogenic aerosols. Nature, 572(7767), 51-55. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31367029. doi:https://doi.org/10.1038/s41586-019-1423-9


08.08.2019, Nature 272, 7768
-194-198 ÉCOLOGIE, CONSERVATION, ZOOLOGIE, les biologistes.

Estimation globale de l'abondance des nématodes.
On entend toutes sortes de chiffres concernant la proportion des êtres vivants qui disparaissent. C'est important, j'en sais peu, je vais veiller à en apprendre davantage. Une chose est sûre : pour la plupart des espèces, on ne sait pas grand-chose. La présente étude n'apporte pas de réponse, mais servira de base pour suivre l'évolution future d'un groupe d'espèce important et typique de notre ignorance actuelle. Il s'agit des nématodes, des vers dont la plupart sont microscopiques, mais qui jouent un rôle essentiel dans la dynamique des sols. Les auteurs les ont comptés en 6759 endroits du monde. Le résultat est que leur masse totale (0.3Gt) représente à peu près 60% de la masse des humains. De la carte de densité ainsi établie, il ressort que c'est au grand-Nord  (Alaska, Canada, Sibérie) qu'ils sont le plus abondants.
Autre conclusion à tirer : si l'on a d'assez bonnes idées sur la façon dont le climat évolue, on répond de manière fort lacunaire à la même question concernant la biodiversité. Ce ne sont pas les 70 auteurs de cet article qui diront le contraire. Je cite souvent l'observation que, quand j'étais jeune, le par brise de la voiture était rapidement souillé d'insectes alors qu'aujourd'hui, les vitres restent pratiquement propres. Je vais essayer d'y voir plus clair: voir § ci-dessous.

van den Hoogen, J., Geisen, S., Routh, D., Ferris, H., Traunspurger, W., Wardle, D. A., . . . Crowther, T. W. (2019). Soil nematode abundance and functional group composition at a global scale. Nature, 572(7768), 194-198. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31341281. doi:10.1038/s41586-019-1418-6

ÉCOLOGIE, CONSERVATION, ZOOLOGIE, INSECTES. Tous
Suite du § précédent. Un article de PloS ONE que m'indique Ted concernant la  diminution des insectes en Allemangne.
Durant 27 ans, à l'aide de la trappe standard utilisée par les entomologistes, ce consortium de laboratoires récolte les insectes volants près du sol (1m) dans 63 sites protégés d'Allemagne. Conclusion: durant cette période, la biomasse des insectes capturés à diminué de ¾ en moyenne annuelle et 82% à mi-été.

Hallmann, C. A., Sorg, M., Jongejans, E., Siepel, H., Hofland, N., Schwan, H., . . . de Kroon, H. (2017). More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PloS ONE, 12(10), e0185809. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29045418. doi:10.1371/journal.pone.0185809

15.08.2019, Nature 272, 7769
-373 – 377.  ÉNEGIE, CO2, 1.5°C, GPclim, com. sci.

Les émissions par les infrastructures énergétiques existantes, en construction ou planifiées ne permettront pas d'atteindre le but des 1.5°C. Tong et al.
Nous l'avons vu le mois passé, la quantité de CO2 que l'on pourrait  encore déverser dans l'atmosphère pour avoir 50% de chance de tenir les 1.5°C est de 480 Gt. Pour 2°C ce serait 1400 Gt. Au rythme actuel de 30 Gt/années, il reste peu de temps.
Dans le présent article, les auteurs considèrent les centrales thermiques existantes, celles en construction et celles dont la construction est décidée. En tenant compte des pratiques actuelles d'exploitation, ils déterminent la quantité de CO2 que ces centrales nous promettent.
Centrales déjà construites. 660 Gt
Centrales en construction ou proposées : 190Gt.
Conclusion : À elle seule, l'exploitation standard des centrales existantes nous fera probablement dépasser les 1.5°. Pour tenir les promesses de Paris, il faut fermer beaucoup de centrales existantes et ne pas en construire de nouvelles. On voit du même coup combien la recherche de nouvelles sources de gaz et d'hydrocarbure est criminelle.
La figure ci-dessous indique la production annuelle que l'on peut attendre des centrales actuellement existantes (foncées) et de celles actuellement prévues (clair). À gauche, les données se rapportent au type d'utilisation, à droite aux pays producteurs.
On note que, dans ce scénario, la Chine compte pour 41% ; les USA pour 9% et l'EU pour 7%. Aïe, ils sont fous les Chinois ; c'est eux qu'il faut secouer.


Tong, D., Zhang, Q., Zheng, Y., Caldeira, K., Shearer, C., Hong, C., . . . Davis, S. J. (2019). Committed emissions from existing energy infrastructure jeopardize 1.5 degrees C climate target. Nature, 572(7769), 373-377. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31261374. doi:10.1038/s41586-019-1364-3

22.08.2019, Nature 272, 7770
-442-3, 520-523. INCENDIE, FORÊT BORÉALE, CO2. GPclim, com. sci.

L'augmentation des incendies de forêts boréales compromet leur capacité à fixer le CO2.
On parle beaucoup des incendies dans les forêts tropicales et de la folle politique du président du Brésil Bolsonaro. Le présent article montre que les incendies dans les forêts boréales sont peut-être encore plus menaçants.
Le sol des forêts « minérales » dans les zones tropicales ou tempérées est relativement pauvre. La matière organique se trouve plutôt dans les arbres que dans le sol. Le sol des forêts boréales humides (Canada, Sibérie) se rapproche généralement de celui d'une tourbière riche en matière organique. Globalement, il contient 30 -40% du carbone terrestre. La productivité de ces forêts tient au cycle des incendies qui est typiquement de 70 – 200 ans (temps de retour du feu t.) Normalement ces incendies brûlent la végétation, mais n'attaquent pas profondément la masse du carbone enfoui (hérité). Toutefois, lorsque les incendies se succèdent trop rapidement le carbone du sol est également emporté par l'incendie.
Dans le présent article, les auteurs analysent – en particulier par datation du carbone radioactif - l'histoire détaillée du sol de la forêt tropicale façonnée par les incendies. Ils concluent que si les incendies se développent comme on l'a vu ces dernières années, non seulement cette forêt ne sera plus un puits de carbone comme elle le fut jusqu'ici, mais l'immense quantité de carbone enfouie dans le sol de la forêt contribuera à augmenter le déversement du CO2 dans l'atmosphère.
Selon les données du GIEC que Markus Noll compile attentivement, l'élévation de la température est encore proportionnelle à l'élévation de la concentration de CO2. Ceci veut dire que, pour le moment, on n'observe pas de rétroaction non linéaire qui indiquerait que le système est en train de devenir chaotique. Pour combien de temps encore ?

Walker, X. J., Baltzer, J. L., Cumming, S. G., Day, N. J., Ebert, C., Goetz, S., . . . Mack, M. C. (2019). Increasing wildfires threaten historic carbon sink of boreal forest soils. Nature, 572(7770), 520-523. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31435055. doi:10.1038/s41586-019-1474-y

29.08.2019, Nature 272, 7771
-565. RECONNAISSANCE FACIALE, POLITIQUE. IA. Tous

Il faut interdire l'usage de la reconnaissance faciale tant qu'elle n'est pas régulée. Kate Crawford, éditoriale
Résumé : ces outils sont dangereux quand ils ne marchent pas et néfastes quand ils marchent.
-442-3, 520-523. INCENDIE, FORÊT TROPICALE, CO2. GPclim, com. sci.
Les incendies de la forêt amazonienne jusqu'en août de cette année.
 

mercredi 25 septembre 2019

AGIR ENSEMBLE POUR LE CLIMAT (2) - 24 septembre 2019, UniNE

Vidéo de la conférence et table ronde (intégrale)

(Timing conférence:  E. Hertz à 11′ , Ph. Thalmann à 40′, Table ronde à 1h 08′)
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Reflet de la conférence dans le journal de la télévision locale ARC INFO :
séquence de 2'  intitulée "Des grands-parents plus chauds que le climat "

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AGIR ENSEMBLE POUR LE CLIMAT


De l'indignation à l'audace


Conférences et table ronde inter-générations

Mardi 24 septembre 2019, à 18h15

Université de Neuchâtel, Aula des Jeunes-Rives
Espace Tilo-Frey 1

Conférences: une autre vie, une autre économie
Ellen Hertz,
socio-anthropologue, UniNE
Philippe Thalmann,
économiste, EPFL

Table ronde:
Robin Augsburger,
ANES et Grève pour le climat
Yannic Bucher,
Semaine de la Durabilité Suisse
Tristan Davila,
permaculteur et Grève pour le climat
Jacques Dubochet,
prix Nobel 2017 et GPclimat
Cloé Dutoit,
VEGA'Neuch et En Vert Et Contre Tout
Nastasia Jeanneret,
SDNE et AED
Diane Lou Pellaud Eastes,
initiatrice de la Grève du silence
Martine Rebetez,
climatologue, UniNE et GPclimat

Programme

18h15      Mots de bienvenue par Jean-Marie Grether, vice-recteur de l'Université de Neuchâtel
Introduction par Laurence Martin, co-présidente de Grands-parents pour le climat

18h30      Conférences: une autre vie, une autre économie

Ellen Hertz: le terme "Anthropocène" rend compte de l'ère géologique que nous vivons, où l'homme a un impact décisif sur la géo-biosphère. Or, il renvoie à un "homme" générique, niant, par cette vision homogène de l'espèce, la multiplicité des formations sociales qui l'ont caractérisée et leurs impacts fort différents sur les écosystèmes. Le terme "Capitalocène" a été récemment proposé pour mieux identifier les responsables du réchauffement climatique, faisant écho aux mouvements de "justice environnementale" qui réclament une nécessaire politisation de cette thématique.

Philippe Thalmann: les principales raisons économiques invoquées pour justifier que la Suisse en fasse si peu pour le climat sont réfutables une à une. La Suisse a réussi à diminuer un peu ses émissions de CO2, mais ce n'est dû qu'en partie à la politique climatique. Notre pays pourrait faire beaucoup mieux et fortement réduire ses émissions de CO2 sans mettre en péril son économie.

19h30      Table ronde inter-générations, modérée par Nicole Baur, déléguée à la politique familiale et à l'égalité du canton de Neuchâtel.

20h30      Apéritif
L'Action Etudiante Durable (AED) de l'UniNE organise la collation à partir d'invendus.
Le vin est offert par la Ville de Neuchâtel.


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jeudi 16 mai 2019

Le changement climatique - Une urgence en termes de santé

Extraits traduits de Solomon C.G. and LaRocque R.C. Climate Change - A Health Emergency. New England Journal of Medicine, vol. 380, No 3, p. 209-211, January 17, 2019 *

« Dans un article de ce même numéro, Haines et Ebi résument les effets dévastateurs que l’utilisation de combustibles fossiles a sur notre planète. Le dérèglement du système climatique, auparavant un souci théorique, est maintenant manifeste, avec des dégâts humains croissants, suite à ouragans, inondations, sécheresses, feux de forêts et augmentation des maladies dues à des insectes. D’autres conséquences perturbantes sont le stress psychologique, l’instabilité politique, les migrations forcées et les conflits. De plus, des pollutions de l’air par des particules fines raccourcissent la vie humaine dans de nombreuses régions du monde.

Ces effets du dérèglement climatique sont fondamentalement des enjeux de santé et des risques existentiels pour nous tous. Les personnes malades ou pauvres sont celles qui souffriront le plus.
Comme médecins nous avons une responsabilité spéciale de sauvegarder la santé et soulager ls souffrance. Travailler à rapidement diminuer les émissions de gaz à effet de serre est maintenant une partie essentielle de notre mission de soin. Des changements rapides mais équitables dans le domaine de l’énergie, des transports et d’autres secteurs économiques sont nécessaires. Faire face à ces défis peut paraitre écrasant mais les médecins sont tenus moralement de prendre un rôle de leaders, et ceci en urgence.

Des actions individuelles sur notre mode de vie (par ex., marche ou vélo plutôt que voiture, manger moins de viande, moins gaspiller la nourriture, économiser l’énergie…) sont plus faciles à entreprendre par chacun, mais ces actions individuelles sont loin d’être suffisantes. Les intérêts financiers de l’industrie des fossiles, comme les dénégations de l’administration fédérale et l’inertie, sont des forces adverses puissantes. Changer nos institutions demandera des efforts concertés, organisés et forts. 

Une première étape est de reconnaitre que nous faisons partie du problème. La plupart des Américains perçoivent le changement climatique comme un problème lointain qui ne les affectera pas personnellement. D’autres se sentent simplement impuissants. Comme sources fiables d’information sur la santé, les médecins peuvent éduquer leurs collègues et patients à ce propos et sur le besoin de réductions rapides de l’emploi de combustibles fossiles. 

En plus de ce rôle pédagogique, les médecins et les institutions de santé peuvent s’engager dans l’action militante (advocacy) au plan législatif, en prenant contact avec des parlementaires notamment. Des compétences du registre de l’engagement militant doivent être de plus en plus incluses dans les objectifs de formation des Facultés de médecine et d’autres institutions.
Le désinvestissement financier a été un moyen efficace de progrès dans d’autres mouvements liés à la santé, y compris à l’endroit de l’industrie du tabac. Toutefois, comme cette dernière, les compagnies pétrolières ont utilisé leurs vastes ressources pour semer la désinformation et influencer les décideurs dans un sens contraire à l’intérêt public.

Certains médecins peuvent être prêts à agir plus directement pour protester contre les politiques dommageables pour la santé.  Nous sommes d’accord avec Charles van der Holst, médecin de Caroline du Nord qui a fait preuve de désobéissance civile et a été arrêté pour avoir protesté contre l’incapacité de son Etat à étendre le système Medicaid (assurance-maladie pour les précarisés) - tout en soulignant que « Devant un grand danger, se taire n’est pas une option. »
Comme d’autres, nous sommes très inquiets devant le déploiement de la crise climatique et de ses implications. Plutôt que d’être paralysés par le désespoir, nous choisissons de concentrer nos efforts sur des domaines où notre voix aura le plus de force. Quand la prochaine génération nous demandera « Qu’avez-vous fait à propos du changement climatique ?», nous voulons avoir une bonne réponse. » 

Jean Martin

*Le New England Journal of Medicine américain et le britannique Lancet sont considérés comme les meilleures revues médicales du monde. Surtout, elles sont connues pour leur indépendance et, quand la situation le demande, pour le courage et la clarté de leurs prises de position sur des sujets avec des dimensions politiques. Lancet a établi et met à jour un « Compte à rebours » détaillé sur les conséquences en termes de santé du changement climatique :

mardi 23 avril 2019

Films « L'appel du glacier » & « Au coeur des Grangettes »


Tous ceux qui n'ont pas pu venir à l'AG peuvent quand même partager le bon moment du film « L'appel du glacier », en cliquant sur les liens donnés plus bas.

Ce film, particulièrement adapté à l'initiative pour les glaciers que nous soutenons, et un deuxième sur la réserve des Grangettes, sont réalisés par Teenergy production dans un but éducatif. Ils ont été présentés à Montreux à l'occasion de la journée internationale des zones humides en février. Ils représentent le début d'une série de 11 qui mettent en valeur chacun des sites humides RAMSAR de Suisse.

Le premier film de 15', « L'appel du glacier » réalisé par Hassan Lakhdar, Teenergy Productions, évoque les changements climatiques et a été tourné au glacier du Rhône. Il a été produit en partenariat avec l'OFEV, les cantons de Vaud et du Valais, Ramsar et la Mava, en étroite collaboration avec Pierre Goeldlin et Martine Rebetez, membres de la Commission scientifique de Gpclimat. Il met en scène deux jeunes à la découverte d’un glacier en recul et d’une plaine alluviale

Ces films sont principalement destinés aux jeunes. Ils méritent d'être vus en famille et diffusés largement.



Le 2ème film de 26': « Au coeur des Grangettes »

Pour découvrir, avec Noor et Martin, un endroit magnifique, là où le Rhône se jette dans le lac Léman. C’est sublime! Les Grangettes en Suisse, qui font partie de la convention des sites humides d’importance internationale RAMSAR, c’est une multitude de milieux écologiques, d’oiseaux d’eau et de plantes.



Les deux films sont gratuits et peuvent être visionnés librement. Pour la projection publique également gratuite et pour garantir une bonne qualité, veuillez téléchargez le formulaire de contact à adresser au producteur Teenergy.

jeudi 28 mars 2019

28.03.2019 Nature - Lectures de Jacques

28.03.2019 Nature 567, 7749

-438. GEOTHERMIE, ÉNERGIE, RISQUE, TREMBLEMENTS DE TERRE. GPclim

Géothermie et tremblements de terre. Il faut faire attention. (Seven days)
Une centrale de géothermie, qui favorise la montée d’eau chaude en injectant un fluide dans la roche profonde (comme ce fut le cas à Bâle), a induit le tremblement de terre (5,4) le plus dommageable (200 millions) de l’histoire moderne en Corée du Sud.
En principe, c’est très bien la géothermie, mais il va falloir que les géologues assurent la maîtrise de leurs failles.

-442-3. GLACIOLOGIE, PALEOCLIMAT, ANTARCTIQUE. GPclim

Le carottage des glaces arctiques nous a révélé 800'000 années de climat. Très précieux. Revenir plus en arrière est difficile parce que, en arrivant à cette époque, on touche le fond. Il faisait chaud. Fini la glace. Non, pas tout à fait. Quand la nouvelles glace a commencé à se déposer il y a 800'000 ans, il restait de la glace par endroit. C’est cette glace fossile, sous la glace récente, qu’il s’agit d’aller creuser. Sous le dôme C de l’Est-Antarctique à 2,7 km, elle devrait dater de 1,5 million d’années. Deux équipes se préparent à creuser, les Européens (avec nos Suisses ?) et les Australiens.
Peut-être comprendra-t-on mieux pourquoi le cycle climatique de 100'000 ans que nous révèlent les glaces semble avoir été précédé d’un cycle de 40'000 ans.

-451-4. ÉCONOMIE, CONSERVATION, FORÊT TROPICALE, SOJA. Antoine, GPclim

La guerre économique US-Chine met en péril la forêt Amazonienne (R. Fuchs et al.)
Les USA ont introduit des taxes sur les produits exportés en Chine. En conséquence, l’importation de soja US par la Chine a diminué de 50%  en 2018 et ce sera sans doute d’avantage en 2019. La Chine recherche donc d’autres sources pour acheter les 38 millions de tonnes qu’elle consomme annuellement pour nourrir sa population et le bétail dont les Chinois sont de plus en plus consommateurs. Actuellement, c’est le Brésil qui en fournit la moitié (20 fois plus qu’il y a 20 ans) et tout naturellement c’est le Brésil qui va combler la défection US. Il peut le faire très vite selon la méthode développée ces dernières années qui consiste à étendre les cultures dans la foret amazonienne. Ce n’est pas le gouvernement actuel qui freinera.

Fuchs, R., Alexander, P., Brown, C., Cossar, F., Henry, R. C., & Rounsevell, M. (2019). Why the US-China trade war spells disaster for the Amazon. Nature, 567(7749), 451-454. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30918393. doi:10.1038/d41586-019-00896-2




-465-6, 511-5. PEROVSKITE, PHOTOVOLTAÏQUE, ÉLECTRICITÉ. Manu

Efficientes, stables et pouvant être produites industriellement, encore un saut qualitatif pour les cellule photovoltaïque à pérovskites. Jung et al. (en Corée)
Voila plusieurs mois que nous n’avons pas parlé des cellules solaires à pérovskites. Revenons-y. Dans une cellule solaire, un photon de lumière arrache un électron (-) en laissant un trou (+). Le hic est alors de capter chacune des deux charges sur leur électrode respectives en évitant qu’elles ne se recombinent avant d’avoir été captées.
Jusqu’ici, le point faible des cellules aux pérovskites était associé au transport des trous vers le conducteur. Deux types de matériaux organiques sont utilisés. Ils sont coûteux, nécessitent un dopage délicat et sont sensibles à l’humidité. Un nouveau transmetteur de trous est exploré depuis peu, le P3HT (poly(3-hexylthiophene)). Il est bon marché, facile à travailler et ne nécessite pas de dopage. Il a permis de faire des cellules à 16% de rendement – pas suffisantes pour être commercialement utiles. Le présent travail apporte différentes améliorations dont la principale consiste à traiter chimiquement l’interface entre la pérovskite et le P3HT de manière à améliorer le contact entre les deux composants tout en repoussant les électrons qui pourraient se perdre dans la région. Les cellules sont stables à la lumière du soleil, insensibles à l’humidité, facile à fabriquer et ont le remarquable rendement de 22,7%. Dernier point il est faciles de produire des cellules de (relativement) grande surface. 
Donc, l’année prochaine, en paquet surprise chez IKEA ? J’avais déjà eu cette pensée à deux ou trois reprises en suivant les progrès du domaine ces dernières années. J’en reviens donc à la conclusion du commentateur : « Jung et col. ont peut-être contribué à accélérer le progrès des cellules à pérovskites vers le marché. »

Jung, E. H., Jeon, N. J., Park, E. Y., Moon, C. S., Shin, T. J., Yang, T. Y., . . . Seo, J. (2019). Efficient, stable and scalable perovskite solar cells using poly(3-hexylthiophene). Nature, 567(7749), 511-515. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30918371. doi:10.1038/s41586-019-1036-3

jeudi 21 mars 2019

21.03.2019 Nature - Lecture de Jacque

21.03.2019 Nature 567, 7748

- 283, 302 – 3. AGRICULTURE, ANTIBIOTIQUES, RÉSISTANCE. GPclim

Action désespérée (édito).
Les plantations de citronniers en Floride et en Californie sont attaquées par une bactérie. C’est grave. En Floride, 90% des arbres vont probablement mourir et la maladie s’étend aux orangeraies. Il s’agit d’une industrie à 10 milliards annuels. Ce mois, la FDA (Food and Drug Administration) va lancer son plan de sauvetage : sprayage massif plusieurs fois par années avec deux antibiotiques médicaux à large spectre, la streptomyxine et l’oxytetracycline.
Sprayer dans la nature 440 tonnes (la quantité qui serait autorisée) de ces précieux médicaments semble être une folie invraisemblable alors que la montée des résistances aux antibiotique devient un problème médical majeur.
De plus, tuer spécifiquement les bactéries sur de vastes régions aura un effet écologique probablement important et certainement imprévisible. 
Notons que la bactérie ne vient pas toute seule. Elle est transportée par un insecte, la psyllide. D’habitude c’est à elle que l’on s’attaque, d’autant plus que chacune des nombreuses espèces de ce papillon est très spécifique quant à sa plante hôte. On devrait pouvoir concevoir une stratégie mieux ciblée.

-285. BANQUE MONDIALE, PROCÈS POPULAIRE, GPclim

La Banque mondiale doit faire de l’ordre dans ses procédures.
Attaquer l’Etat en justice parce qu’il ne fait pas le nécessaire pour assurer un environnement sain semble être une approche qui a ses mérites.
Même chose avec la Banque mondiale (BM). La Cours suprême US vient de statuer que la BM – ou plutôt l’IFC, le bras privé de la BM – peut être attaquée en justice si les intérêts de groupes ou de personnes ont été négligés. Au départ, en 2008, il y a une centrale à charbon que soutient l’IFC dans le port indien de Mundra. Les habitants et l’environnement naturel ont été gravement prétérité. La décision US signifie que la plainte issue de leur mouvement peut aller de l’avant. Elle fera sans doute école. Selon le présent texte, la BM va être obligée de revoir ses procédures.

dimanche 17 mars 2019

17.03.2019 Nature - Lectures de Jacques


- 145, 165 – 168. BIOTECHNOLOGIE, MANIPULATION GÉNÉTIQUE, EMBRYON HUMAIN. Alain K, Lazare,
La naissance en février de deux jumeaux dont le génome est probablement manipulé a induit un cri de réprobation unanime dans le monde de la biotechnologie comme dans celui de l'éthique : halte, pas de ça ; on ne touche pas le génome des cellules germinales ! L'auteur de la manipulation est dénoncé comme un affreux tricheur. Il a été licencié de son université de Shenzhen. Il semble qu'on l'ait fait disparaître.
Seulement voilà, on ne fera pas disparaître le désir d'agir sur l'ADN humain dans quelque but que ce soit. Il est donc urgent de s'entendre sur des règles qui devront être contraignantes, mais pas trop. L'insipide éditorial de ce numéro ne nous y aide pas beaucoup. L'analyse plus approfondie par des pontes historiques de la manipulation génétique (Lander et al.), dont certains des contributeurs actuels, est plus substantielle. Ces auteurs demandent fermement un moratoire sur l'édition du génome héritable, mais veillent à préserver à peu près toutes les autres options.
Je note qu'Emmanuelle Charpentier et Feng Zhang sont parmi les auteurs de cette déclaration, mais Jennifer Doudna n'en est pas. Est-ce un effet du conflit de brevet dans lequel elle est impliquée avec Zhang ou faut-il en chercher la raison dans des divergences concernant l'éthique de l'édition du génome ? L'élaboration prochaine de règles fortes sera compliquée si la deuxième possibilité est la bonne.
NB : Le no suivant de Nature (567, pp. 444-5) apporte des éléments supplémentaires. La proposition Lander et coll. citée ci-dessus demande un moratoire pour une période fixée et limitée. L'Accadémie des sciences US ainsi que la Royal Society anglaise s'y opposent. Elles veulent que le moratoire s'applique jusqu'à ce qu'un accord général fort soit atteint. L'OMS, qui est l'organe tout désigné pour mener le débat, ne se dégonfle pas. Le 19 mars, il en appelle aux scientifiques à participer à un groupe auquel il donne 18 mois pour faire des propositions. Dans la section « Correspondence ». Wolinetz et Collins ainsi que Dzau et coll. vont dans le même sens. Comme disent ces derniers auteurs « Vu l'importance globale de l'édition génomique, on ne peut pas décider quoi que ce soit avant d'avoir trouvé un consensus ». Et quand je lis « importance globale », je pense bien sûr à Harari, Homo Deus.

Dzau, V. J., McNutt, M., & Ramakrishnan, V. (2019). Academies' action plan for germline editing. Nature, 567(7747), 175. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867614. doi:10.1038/d41586-019-00813-7
Wolinetz, C. D., & Collins, F. S. (2019). NIH supports call for moratorium on clinical uses of germline gene editing. Nature, 567(7747), 175. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867615. doi:10.1038/d41586-019-00814-6
Lander, E. S., Baylis, F., Zhang, F., Charpentier, E., Berg, P., Bourgain, C., . . . Winnacker, E. L. (2019). Adopt a moratorium on heritable genome editing. Nature, 567(7747), 165-168. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867611. doi:10.1038/d41586-019-00726-5

-147 ; 153 – 154. EBOLA, SANTÉ PUBLIQUE, AFRIQUE, RDC

Pas moyen de venir à bout d'Ebola qui revient sans cesse en Afrique. À fin février l'épidémie qui est repartie en République Démocratique du Congo (RDC) avait infecté plus de 1000 personnes avec une létalité particulièrement haute (60%), malgré le fait qu'on sache mieux comment intervenir et que plusieurs médicaments expérimentaux sont, en principe, disponibles. Le problème est que, dans cette région nord-est du pays, les conflits entre groupes armés ont tué quelque six millions de personnes ces 20 dernières années et que la situation ne s'arrange pas. Au contraire, elle a empiré quand le gouvernement a décidé de bloquer la région, sans doute comme manœuvre associée à l'élection générale récente. MSF et l'OMS essaient bien de poursuivre leur action, mais il y a des régions qu'ils doivent temporairement quitter. Elles deviennent des foyers incontrôlés.
Ebola en RDC, un tragique exemple de ce qui ne va pas en Afrique. Pourtant, l'éditorial de ce même numéro (p. 147) est une feuille de route sur ce qu'il faudrait faire pour sortir l'Afrique de ce pétrin sanitaire. La réponse est dans les mains des experts de la santé et les politiciens qui se sont réunis ce mois à Addis-Ababa pour étudier comment les institutions nationales de santé publique des 55 pays membres pourraient trouver les 2 – 3,5 milliards nécessaires au fonctionnement du Centre africain de contrôle et prévention sanitaire (African CDC). La source principale ne sera certainement pas africaine.
À lire les rapports de Public Eye sur l'exploitation financière de la RDC (référence) par des institutions genevoises ou zougoises, on peut se dire que la Suisse aurait de quoi se montrer généreuses.

-151 et New York Times, 23.01.2019, Sabine Hossenfleder
CERN, POLITIQUE SCIENTIFIQUE, FINANCE. Gilles

Le 5 mars, la direction du CERN a approuvé le financement de l'expérience FASER destinée à détecter les éventuelles particules de la matière noire dont la principale propriété est de ne pas se montrer. Pourtant, elles sont, peut être, crées lors des formidables collisions au cœur du LHC. Selon certaines théories, des particules de matière noire pourraient changer de nature après leur création et se transformer en honnêtes particules de chez nous. Ainsi l'expérience FASER consiste à placer, dans un tunnel inutilisé non loin du LHC, un détecteur spécialement ajusté pour ces particules-là. La chose amusante, c'est que le détecteur mesure 20 cm de large et l'expérience est budgétée à 1 million.
Quant au fleuron du CERN, le LHC, il a coûté 5 milliards, il a rapporté un prix Nobel pour le boson de Higgs et il a confirmé et reconfirmé la décevante constatation que tout ce qu'il découvre ne fait que vérifier la vieille théorie de 40 ans. Pourtant, on sait que cette théorie n'est pas cohérente. Quelque part elle doit se casser.
Alors, en début d'année, le CERN a annoncé son nouveau plan : un accélérateur, encore plus grand que le LHC (100 km au lieu de 27) et encore plus fort (peut-être 100 TeV au lieu de 12). Les optimistes disent qu'il coûtera 10 milliards. Le problème sur lequel insiste Mme Hossenfelder, est que la nouvelle physique que l'on aimerait faire apparaître est attendue pour des énergies comprises entre un peu plus que ce que l'on explore avec les machines actuelles et 1015 fois plus.  Doit-on alors imaginer qu'avec son gain d'facteur 10, le nouveau LHC aura une chance sur 15 d'entrer dans le domaine espéré ? C'est cher payer pour 7% de chance de succès.
D'autant plus qu'il y a peut-être d'autres voies. Le million du FASER en serait-il une illustration ? Une autre façon de penser consisterait à ne pas mettre tant d'effort à fabriquer la haute énergie sur Terre, mais à aller voir là où elle existe déjà, dans les phénomènes cosmiques.
Alors donc, faut-il fermer le CERN au plus vite ? Je n'arrive pas à m'en convaincre. On pourrait encore en discuter si on était sûr que l'argent économisé serait bien utilisé. Mais voilà, depuis 50 ans, le CERN construit les plus grandes machines jamais réalisées par l'homme dans le but unique de créer de la connaissance ouverte à tous dans le cadre d'une collaboration internationale qui n'a peut-être jamais eu d'égal. Alors, avant de fermer, on réfléchit à deux fois. Je reste un fan – en espérant que les expériences du type Faser y fleurissent sans avoir besoin d'un tunnel 4 fois plus long que le précédent.

-204-208, TEMPS, HORLOGE, SYMÉTRIE DE LORENTZ. Manu

Comparaison de deux horloges pour tester la symétrie de Lorentz.
C'est une petite marotte, j'aime bien quand on titille les limites des lois de la physique. Par exemple, la symétrie de Lorentz affirme que le résultat d'une expérience ne dépend ni de la vitesse ni de la direction du référentiel dans lequel se fait l'expérience. (C'est la base de la relativité et, comme le rappelle Aurélien Barrau, ce n'est pas une loi de la physique, c'est une loi de géométrie.) On l'avait vérifié jusqu'à une précision de 10-19. Le présent article assure 10-21 en comparant durant 6 mois le temps de deux horloges associées, chacune formée d'un seul atome vibrant dans des directions différentes. Elles tâtent donc différemment les rotations de la Terre (sur elle-même et autour du soleil) mais ceci ne change rien à leur expérience du temps qui passe puisqu'elles sont dans le même référentiel.
On admire au passage la compétence des horlogers.

Sanner, C., Huntemann, N., Lange, R., Tamm, C., Peik, E., Safronova, M. S., & Porsev, S. G. (2019). Optical clock comparison for Lorentz symmetry testing. Nature, 567(7747), 204-208. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867608. doi:10.1038/s41586-019-0972-2