Date de publication: 17.02.2021 / René Jaccard, Ueli Hagnauer - Klima-Grosseltern CH
Si l’on veut éviter que les efforts déployés pour se remettre des conséquences de la pandémie de Covid-19 ne conduisent à la prochaine catastrophe, celle de la crise climatique non maîtrisée, des critères de durabilité doivent déterminer le catalogue des mesures pandémiques et postpandémiques.
| La terre en souffrance: les fonds des caisses de pension sont investis dans les énergies fossiles, néfastes pour le climat |
En pleine deuxième vague de la pandémie de coronavirus, la nouvelle tombe: le nombre de personnes qui meurent directement du réchauffement climatique et de l’utilisation de combustibles fossiles qui en découle continue d’augmenter d’année en année (en 2019: 7,5 millions au niveau mondial). Les maladies cardiaques, pulmonaires et rénales liées au climat sont en augmentation constante, et il en va de même pour les absences au travail dues au réchauffement climatique (en 2019: 302 milliards d’heures dans le monde) [1]. Parallèlement, les principaux paramètres climatiques ont continué à se détériorer: par rapport à 1950, la température annuelle a augmenté de 1,2 °C dans le monde et de 1,7 °C en Suisse. La concentration mondiale du principal gaz à effet de serre, le CO2, est passée de 250 à 410 ppm [2].
Que pouvons-nous faire, nous les médecins?
Les efforts pour mieux lutter contre les conséquences sanitaires des jours de forte chaleur ont déjà porté leurs fruits en Suisse [4]; des projets nationaux visant à recenser les émissions de gaz à effet de serre causées par le secteur des soins de santé ont été lancés, avec pour objectif déclaré de les réduire (mot-clé: Green Hospitals) [5]; les médecins en faveur de l’environnement (MfE) ont publié récemment un guide pour réduire l’empreinte de CO2 dans la pratique [6].
Nous aimerions ici discuter d’une autre possibilité ayant un potentiel d’impact particulièrement important: il s’agit de la manière dont les fonds des caisses de pension sont investies.
Placements cruciaux pour le climat
Le montant total de l’épargne obligatoire des caisses de pension en Suisse est d’environ 1000 milliards de francs (l’équivalent d’environ ¹/7 du montant total de la place financière suisse). Les pratiques d’investissement actuelles des fonds de pension entraîneront une hausse de la température de 4 à 6 °C d’ici la fin du siècle, notamment en raison des investissements élevés dans les énergies fossiles, dont le charbon, particulièrement nocif pour le climat et la santé [7]. Sur les 300 000 personnes au moins qui travaillent dans le secteur de la santé en Suisse, certaines sont employées dans des institutions publiques et automatiquement affectées à des fonds correspondants. Cependant, une grande partie est assurée dans de petites entreprises, qui sont libres de choisir leur propre caisse de retraite.
Un classement de 110 caisses de pension suisses a récemment été
publié [8].Actuellement, seuls 8% des caisses ont un portefeuille axé
sur la durabilité et la protection du climat. Parmi les moins bien
classées (55%!), on trouve malheureusement trois importantes caisses de
pension principalement utilisées dans le secteur de la santé par le
corps médical privé: les Fondations de prévoyance PAT-BVG, Pro Medico et
ASMAC [8].