mardi 22 janvier 2019

Les nappes phréatiques: de potentielles "bombes à retardement"

L'alimentation des nappes phréatiques va se trouver elle aussi affectée par le dérèglement climatique, met en garde une étude.

(ATS/AGIR, 22.01.2019) - Les eaux souterraines sont aujourd'hui la première source d'eau potable de la planète, et deux milliards de personnes en dépendent pour boire ou pour l'irrigation. Une nappe phréatique se remplit lentement grâce aux précipitations, un phénomène appelé "recharge", et se décharge dans les lacs, les rivières ou les océans pour trouver un équilibre.

Ces réserves sont déjà sous pression de l'explosion de la population mondiale et de la production agricole qui lui est liée. Mais les événements météorologiques extrêmes (sécheresses, précipitations record...), qui se multiplient avec le réchauffement de la planète, pourraient avoir un effet à long terme sur la vitesse de réapprovisionnement des nappes, selon une étude publiée dans la revue Nature Climate Change.
"Les eaux souterraines, on ne les voit pas et on n'y pense pas. Mais cette immense ressource cachée soutient la production alimentaire mondiale", commente Mark Cuthbert, de l'Université de Cardiff. "Ce qui se produit aujourd'hui va avoir un effet de latence vraiment important". Le chercheur et son équipe, qui ont utilisé des modèles informatiques et bases de données sur les nappes, estiment que d'ici 100 ans, seule la moitié des réserves d'eaux souterraines pourrait se recharger totalement ou se rééquilibrer. Ce qui pourrait conduire à des pénuries dans les lieux les plus secs. "On peut parler de bombe à retardement environnementale, parce que les effets actuels du changement climatique sur les recharges feront sentir pleinement leurs conséquences sur les reflux vers les rivières et zones humides beaucoup plus tard", souligne Mark Cuthbert.

Le volume global des précipitations pose problème, tout comme l'intensité trop forte des épisodes, note Mark Cuthbert. Selon les chercheurs, les réserves souterraines des zones arides mettent plus longtemps --parfois des millénaires-- à réagir aux changements climatiques que celles des zones plus humides. "Certaines parties des nappes phréatiques sous le Sahara réagissent aujourd'hui au changement climatique d'il y a 10'000 ans, quand la région était beaucoup plus humide", précise enfin le chercheur.

Auteur : ATS/AGIR

Hydrosphère et climat/AGIR, transmis par Luc Recordon