jeudi 16 mai 2019

Le changement climatique - Une urgence en termes de santé

Extraits traduits de Solomon C.G. and LaRocque R.C. Climate Change - A Health Emergency. New England Journal of Medicine, vol. 380, No 3, p. 209-211, January 17, 2019 *

« Dans un article de ce même numéro, Haines et Ebi résument les effets dévastateurs que l’utilisation de combustibles fossiles a sur notre planète. Le dérèglement du système climatique, auparavant un souci théorique, est maintenant manifeste, avec des dégâts humains croissants, suite à ouragans, inondations, sécheresses, feux de forêts et augmentation des maladies dues à des insectes. D’autres conséquences perturbantes sont le stress psychologique, l’instabilité politique, les migrations forcées et les conflits. De plus, des pollutions de l’air par des particules fines raccourcissent la vie humaine dans de nombreuses régions du monde.

Ces effets du dérèglement climatique sont fondamentalement des enjeux de santé et des risques existentiels pour nous tous. Les personnes malades ou pauvres sont celles qui souffriront le plus.
Comme médecins nous avons une responsabilité spéciale de sauvegarder la santé et soulager ls souffrance. Travailler à rapidement diminuer les émissions de gaz à effet de serre est maintenant une partie essentielle de notre mission de soin. Des changements rapides mais équitables dans le domaine de l’énergie, des transports et d’autres secteurs économiques sont nécessaires. Faire face à ces défis peut paraitre écrasant mais les médecins sont tenus moralement de prendre un rôle de leaders, et ceci en urgence.

Des actions individuelles sur notre mode de vie (par ex., marche ou vélo plutôt que voiture, manger moins de viande, moins gaspiller la nourriture, économiser l’énergie…) sont plus faciles à entreprendre par chacun, mais ces actions individuelles sont loin d’être suffisantes. Les intérêts financiers de l’industrie des fossiles, comme les dénégations de l’administration fédérale et l’inertie, sont des forces adverses puissantes. Changer nos institutions demandera des efforts concertés, organisés et forts. 

Une première étape est de reconnaitre que nous faisons partie du problème. La plupart des Américains perçoivent le changement climatique comme un problème lointain qui ne les affectera pas personnellement. D’autres se sentent simplement impuissants. Comme sources fiables d’information sur la santé, les médecins peuvent éduquer leurs collègues et patients à ce propos et sur le besoin de réductions rapides de l’emploi de combustibles fossiles. 

En plus de ce rôle pédagogique, les médecins et les institutions de santé peuvent s’engager dans l’action militante (advocacy) au plan législatif, en prenant contact avec des parlementaires notamment. Des compétences du registre de l’engagement militant doivent être de plus en plus incluses dans les objectifs de formation des Facultés de médecine et d’autres institutions.
Le désinvestissement financier a été un moyen efficace de progrès dans d’autres mouvements liés à la santé, y compris à l’endroit de l’industrie du tabac. Toutefois, comme cette dernière, les compagnies pétrolières ont utilisé leurs vastes ressources pour semer la désinformation et influencer les décideurs dans un sens contraire à l’intérêt public.

Certains médecins peuvent être prêts à agir plus directement pour protester contre les politiques dommageables pour la santé.  Nous sommes d’accord avec Charles van der Holst, médecin de Caroline du Nord qui a fait preuve de désobéissance civile et a été arrêté pour avoir protesté contre l’incapacité de son Etat à étendre le système Medicaid (assurance-maladie pour les précarisés) - tout en soulignant que « Devant un grand danger, se taire n’est pas une option. »
Comme d’autres, nous sommes très inquiets devant le déploiement de la crise climatique et de ses implications. Plutôt que d’être paralysés par le désespoir, nous choisissons de concentrer nos efforts sur des domaines où notre voix aura le plus de force. Quand la prochaine génération nous demandera « Qu’avez-vous fait à propos du changement climatique ?», nous voulons avoir une bonne réponse. » 

Jean Martin

*Le New England Journal of Medicine américain et le britannique Lancet sont considérés comme les meilleures revues médicales du monde. Surtout, elles sont connues pour leur indépendance et, quand la situation le demande, pour le courage et la clarté de leurs prises de position sur des sujets avec des dimensions politiques. Lancet a établi et met à jour un « Compte à rebours » détaillé sur les conséquences en termes de santé du changement climatique :

mardi 23 avril 2019

Films « L'appel du glacier » & « Au coeur des Grangettes »


Tous ceux qui n'ont pas pu venir à l'AG peuvent quand même partager le bon moment du film « L'appel du glacier », en cliquant sur les liens donnés plus bas.

Ce film, particulièrement adapté à l'initiative pour les glaciers que nous soutenons, et un deuxième sur la réserve des Grangettes, sont réalisés par Teenergy production dans un but éducatif. Ils ont été présentés à Montreux à l'occasion de la journée internationale des zones humides en février. Ils représentent le début d'une série de 11 qui mettent en valeur chacun des sites humides RAMSAR de Suisse.

Le premier film de 15', « L'appel du glacier » réalisé par Hassan Lakhdar, Teenergy Productions, évoque les changements climatiques et a été tourné au glacier du Rhône. Il a été produit en partenariat avec l'OFEV, les cantons de Vaud et du Valais, Ramsar et la Mava, en étroite collaboration avec Pierre Goeldlin et Martine Rebetez, membres de la Commission scientifique de Gpclimat. Il met en scène deux jeunes à la découverte d’un glacier en recul et d’une plaine alluviale

Ces films sont principalement destinés aux jeunes. Ils méritent d'être vus en famille et diffusés largement.



Le 2ème film de 26': « Au coeur des Grangettes »

Pour découvrir, avec Noor et Martin, un endroit magnifique, là où le Rhône se jette dans le lac Léman. C’est sublime! Les Grangettes en Suisse, qui font partie de la convention des sites humides d’importance internationale RAMSAR, c’est une multitude de milieux écologiques, d’oiseaux d’eau et de plantes.



Les deux films sont gratuits et peuvent être visionnés librement. Pour la projection publique également gratuite et pour garantir une bonne qualité, veuillez téléchargez le formulaire de contact à adresser au producteur Teenergy.

jeudi 28 mars 2019

28.03.2019 Nature - Lectures de Jacques

28.03.2019 Nature 567, 7749

-438. GEOTHERMIE, ÉNERGIE, RISQUE, TREMBLEMENTS DE TERRE. GPclim

Géothermie et tremblements de terre. Il faut faire attention. (Seven days)
Une centrale de géothermie, qui favorise la montée d’eau chaude en injectant un fluide dans la roche profonde (comme ce fut le cas à Bâle), a induit le tremblement de terre (5,4) le plus dommageable (200 millions) de l’histoire moderne en Corée du Sud.
En principe, c’est très bien la géothermie, mais il va falloir que les géologues assurent la maîtrise de leurs failles.

-442-3. GLACIOLOGIE, PALEOCLIMAT, ANTARCTIQUE. GPclim

Le carottage des glaces arctiques nous a révélé 800'000 années de climat. Très précieux. Revenir plus en arrière est difficile parce que, en arrivant à cette époque, on touche le fond. Il faisait chaud. Fini la glace. Non, pas tout à fait. Quand la nouvelles glace a commencé à se déposer il y a 800'000 ans, il restait de la glace par endroit. C’est cette glace fossile, sous la glace récente, qu’il s’agit d’aller creuser. Sous le dôme C de l’Est-Antarctique à 2,7 km, elle devrait dater de 1,5 million d’années. Deux équipes se préparent à creuser, les Européens (avec nos Suisses ?) et les Australiens.
Peut-être comprendra-t-on mieux pourquoi le cycle climatique de 100'000 ans que nous révèlent les glaces semble avoir été précédé d’un cycle de 40'000 ans.

-451-4. ÉCONOMIE, CONSERVATION, FORÊT TROPICALE, SOJA. Antoine, GPclim

La guerre économique US-Chine met en péril la forêt Amazonienne (R. Fuchs et al.)
Les USA ont introduit des taxes sur les produits exportés en Chine. En conséquence, l’importation de soja US par la Chine a diminué de 50%  en 2018 et ce sera sans doute d’avantage en 2019. La Chine recherche donc d’autres sources pour acheter les 38 millions de tonnes qu’elle consomme annuellement pour nourrir sa population et le bétail dont les Chinois sont de plus en plus consommateurs. Actuellement, c’est le Brésil qui en fournit la moitié (20 fois plus qu’il y a 20 ans) et tout naturellement c’est le Brésil qui va combler la défection US. Il peut le faire très vite selon la méthode développée ces dernières années qui consiste à étendre les cultures dans la foret amazonienne. Ce n’est pas le gouvernement actuel qui freinera.

Fuchs, R., Alexander, P., Brown, C., Cossar, F., Henry, R. C., & Rounsevell, M. (2019). Why the US-China trade war spells disaster for the Amazon. Nature, 567(7749), 451-454. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30918393. doi:10.1038/d41586-019-00896-2




-465-6, 511-5. PEROVSKITE, PHOTOVOLTAÏQUE, ÉLECTRICITÉ. Manu

Efficientes, stables et pouvant être produites industriellement, encore un saut qualitatif pour les cellule photovoltaïque à pérovskites. Jung et al. (en Corée)
Voila plusieurs mois que nous n’avons pas parlé des cellules solaires à pérovskites. Revenons-y. Dans une cellule solaire, un photon de lumière arrache un électron (-) en laissant un trou (+). Le hic est alors de capter chacune des deux charges sur leur électrode respectives en évitant qu’elles ne se recombinent avant d’avoir été captées.
Jusqu’ici, le point faible des cellules aux pérovskites était associé au transport des trous vers le conducteur. Deux types de matériaux organiques sont utilisés. Ils sont coûteux, nécessitent un dopage délicat et sont sensibles à l’humidité. Un nouveau transmetteur de trous est exploré depuis peu, le P3HT (poly(3-hexylthiophene)). Il est bon marché, facile à travailler et ne nécessite pas de dopage. Il a permis de faire des cellules à 16% de rendement – pas suffisantes pour être commercialement utiles. Le présent travail apporte différentes améliorations dont la principale consiste à traiter chimiquement l’interface entre la pérovskite et le P3HT de manière à améliorer le contact entre les deux composants tout en repoussant les électrons qui pourraient se perdre dans la région. Les cellules sont stables à la lumière du soleil, insensibles à l’humidité, facile à fabriquer et ont le remarquable rendement de 22,7%. Dernier point il est faciles de produire des cellules de (relativement) grande surface. 
Donc, l’année prochaine, en paquet surprise chez IKEA ? J’avais déjà eu cette pensée à deux ou trois reprises en suivant les progrès du domaine ces dernières années. J’en reviens donc à la conclusion du commentateur : « Jung et col. ont peut-être contribué à accélérer le progrès des cellules à pérovskites vers le marché. »

Jung, E. H., Jeon, N. J., Park, E. Y., Moon, C. S., Shin, T. J., Yang, T. Y., . . . Seo, J. (2019). Efficient, stable and scalable perovskite solar cells using poly(3-hexylthiophene). Nature, 567(7749), 511-515. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30918371. doi:10.1038/s41586-019-1036-3

jeudi 21 mars 2019

21.03.2019 Nature - Lecture de Jacque

21.03.2019 Nature 567, 7748

- 283, 302 – 3. AGRICULTURE, ANTIBIOTIQUES, RÉSISTANCE. GPclim

Action désespérée (édito).
Les plantations de citronniers en Floride et en Californie sont attaquées par une bactérie. C’est grave. En Floride, 90% des arbres vont probablement mourir et la maladie s’étend aux orangeraies. Il s’agit d’une industrie à 10 milliards annuels. Ce mois, la FDA (Food and Drug Administration) va lancer son plan de sauvetage : sprayage massif plusieurs fois par années avec deux antibiotiques médicaux à large spectre, la streptomyxine et l’oxytetracycline.
Sprayer dans la nature 440 tonnes (la quantité qui serait autorisée) de ces précieux médicaments semble être une folie invraisemblable alors que la montée des résistances aux antibiotique devient un problème médical majeur.
De plus, tuer spécifiquement les bactéries sur de vastes régions aura un effet écologique probablement important et certainement imprévisible. 
Notons que la bactérie ne vient pas toute seule. Elle est transportée par un insecte, la psyllide. D’habitude c’est à elle que l’on s’attaque, d’autant plus que chacune des nombreuses espèces de ce papillon est très spécifique quant à sa plante hôte. On devrait pouvoir concevoir une stratégie mieux ciblée.

-285. BANQUE MONDIALE, PROCÈS POPULAIRE, GPclim

La Banque mondiale doit faire de l’ordre dans ses procédures.
Attaquer l’Etat en justice parce qu’il ne fait pas le nécessaire pour assurer un environnement sain semble être une approche qui a ses mérites.
Même chose avec la Banque mondiale (BM). La Cours suprême US vient de statuer que la BM – ou plutôt l’IFC, le bras privé de la BM – peut être attaquée en justice si les intérêts de groupes ou de personnes ont été négligés. Au départ, en 2008, il y a une centrale à charbon que soutient l’IFC dans le port indien de Mundra. Les habitants et l’environnement naturel ont été gravement prétérité. La décision US signifie que la plainte issue de leur mouvement peut aller de l’avant. Elle fera sans doute école. Selon le présent texte, la BM va être obligée de revoir ses procédures.

dimanche 17 mars 2019

17.03.2019 Nature - Lectures de Jacques


- 145, 165 – 168. BIOTECHNOLOGIE, MANIPULATION GÉNÉTIQUE, EMBRYON HUMAIN. Alain K, Lazare,
La naissance en février de deux jumeaux dont le génome est probablement manipulé a induit un cri de réprobation unanime dans le monde de la biotechnologie comme dans celui de l'éthique : halte, pas de ça ; on ne touche pas le génome des cellules germinales ! L'auteur de la manipulation est dénoncé comme un affreux tricheur. Il a été licencié de son université de Shenzhen. Il semble qu'on l'ait fait disparaître.
Seulement voilà, on ne fera pas disparaître le désir d'agir sur l'ADN humain dans quelque but que ce soit. Il est donc urgent de s'entendre sur des règles qui devront être contraignantes, mais pas trop. L'insipide éditorial de ce numéro ne nous y aide pas beaucoup. L'analyse plus approfondie par des pontes historiques de la manipulation génétique (Lander et al.), dont certains des contributeurs actuels, est plus substantielle. Ces auteurs demandent fermement un moratoire sur l'édition du génome héritable, mais veillent à préserver à peu près toutes les autres options.
Je note qu'Emmanuelle Charpentier et Feng Zhang sont parmi les auteurs de cette déclaration, mais Jennifer Doudna n'en est pas. Est-ce un effet du conflit de brevet dans lequel elle est impliquée avec Zhang ou faut-il en chercher la raison dans des divergences concernant l'éthique de l'édition du génome ? L'élaboration prochaine de règles fortes sera compliquée si la deuxième possibilité est la bonne.
NB : Le no suivant de Nature (567, pp. 444-5) apporte des éléments supplémentaires. La proposition Lander et coll. citée ci-dessus demande un moratoire pour une période fixée et limitée. L'Accadémie des sciences US ainsi que la Royal Society anglaise s'y opposent. Elles veulent que le moratoire s'applique jusqu'à ce qu'un accord général fort soit atteint. L'OMS, qui est l'organe tout désigné pour mener le débat, ne se dégonfle pas. Le 19 mars, il en appelle aux scientifiques à participer à un groupe auquel il donne 18 mois pour faire des propositions. Dans la section « Correspondence ». Wolinetz et Collins ainsi que Dzau et coll. vont dans le même sens. Comme disent ces derniers auteurs « Vu l'importance globale de l'édition génomique, on ne peut pas décider quoi que ce soit avant d'avoir trouvé un consensus ». Et quand je lis « importance globale », je pense bien sûr à Harari, Homo Deus.

Dzau, V. J., McNutt, M., & Ramakrishnan, V. (2019). Academies' action plan for germline editing. Nature, 567(7747), 175. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867614. doi:10.1038/d41586-019-00813-7
Wolinetz, C. D., & Collins, F. S. (2019). NIH supports call for moratorium on clinical uses of germline gene editing. Nature, 567(7747), 175. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867615. doi:10.1038/d41586-019-00814-6
Lander, E. S., Baylis, F., Zhang, F., Charpentier, E., Berg, P., Bourgain, C., . . . Winnacker, E. L. (2019). Adopt a moratorium on heritable genome editing. Nature, 567(7747), 165-168. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867611. doi:10.1038/d41586-019-00726-5

-147 ; 153 – 154. EBOLA, SANTÉ PUBLIQUE, AFRIQUE, RDC

Pas moyen de venir à bout d'Ebola qui revient sans cesse en Afrique. À fin février l'épidémie qui est repartie en République Démocratique du Congo (RDC) avait infecté plus de 1000 personnes avec une létalité particulièrement haute (60%), malgré le fait qu'on sache mieux comment intervenir et que plusieurs médicaments expérimentaux sont, en principe, disponibles. Le problème est que, dans cette région nord-est du pays, les conflits entre groupes armés ont tué quelque six millions de personnes ces 20 dernières années et que la situation ne s'arrange pas. Au contraire, elle a empiré quand le gouvernement a décidé de bloquer la région, sans doute comme manœuvre associée à l'élection générale récente. MSF et l'OMS essaient bien de poursuivre leur action, mais il y a des régions qu'ils doivent temporairement quitter. Elles deviennent des foyers incontrôlés.
Ebola en RDC, un tragique exemple de ce qui ne va pas en Afrique. Pourtant, l'éditorial de ce même numéro (p. 147) est une feuille de route sur ce qu'il faudrait faire pour sortir l'Afrique de ce pétrin sanitaire. La réponse est dans les mains des experts de la santé et les politiciens qui se sont réunis ce mois à Addis-Ababa pour étudier comment les institutions nationales de santé publique des 55 pays membres pourraient trouver les 2 – 3,5 milliards nécessaires au fonctionnement du Centre africain de contrôle et prévention sanitaire (African CDC). La source principale ne sera certainement pas africaine.
À lire les rapports de Public Eye sur l'exploitation financière de la RDC (référence) par des institutions genevoises ou zougoises, on peut se dire que la Suisse aurait de quoi se montrer généreuses.

-151 et New York Times, 23.01.2019, Sabine Hossenfleder
CERN, POLITIQUE SCIENTIFIQUE, FINANCE. Gilles

Le 5 mars, la direction du CERN a approuvé le financement de l'expérience FASER destinée à détecter les éventuelles particules de la matière noire dont la principale propriété est de ne pas se montrer. Pourtant, elles sont, peut être, crées lors des formidables collisions au cœur du LHC. Selon certaines théories, des particules de matière noire pourraient changer de nature après leur création et se transformer en honnêtes particules de chez nous. Ainsi l'expérience FASER consiste à placer, dans un tunnel inutilisé non loin du LHC, un détecteur spécialement ajusté pour ces particules-là. La chose amusante, c'est que le détecteur mesure 20 cm de large et l'expérience est budgétée à 1 million.
Quant au fleuron du CERN, le LHC, il a coûté 5 milliards, il a rapporté un prix Nobel pour le boson de Higgs et il a confirmé et reconfirmé la décevante constatation que tout ce qu'il découvre ne fait que vérifier la vieille théorie de 40 ans. Pourtant, on sait que cette théorie n'est pas cohérente. Quelque part elle doit se casser.
Alors, en début d'année, le CERN a annoncé son nouveau plan : un accélérateur, encore plus grand que le LHC (100 km au lieu de 27) et encore plus fort (peut-être 100 TeV au lieu de 12). Les optimistes disent qu'il coûtera 10 milliards. Le problème sur lequel insiste Mme Hossenfelder, est que la nouvelle physique que l'on aimerait faire apparaître est attendue pour des énergies comprises entre un peu plus que ce que l'on explore avec les machines actuelles et 1015 fois plus.  Doit-on alors imaginer qu'avec son gain d'facteur 10, le nouveau LHC aura une chance sur 15 d'entrer dans le domaine espéré ? C'est cher payer pour 7% de chance de succès.
D'autant plus qu'il y a peut-être d'autres voies. Le million du FASER en serait-il une illustration ? Une autre façon de penser consisterait à ne pas mettre tant d'effort à fabriquer la haute énergie sur Terre, mais à aller voir là où elle existe déjà, dans les phénomènes cosmiques.
Alors donc, faut-il fermer le CERN au plus vite ? Je n'arrive pas à m'en convaincre. On pourrait encore en discuter si on était sûr que l'argent économisé serait bien utilisé. Mais voilà, depuis 50 ans, le CERN construit les plus grandes machines jamais réalisées par l'homme dans le but unique de créer de la connaissance ouverte à tous dans le cadre d'une collaboration internationale qui n'a peut-être jamais eu d'égal. Alors, avant de fermer, on réfléchit à deux fois. Je reste un fan – en espérant que les expériences du type Faser y fleurissent sans avoir besoin d'un tunnel 4 fois plus long que le précédent.

-204-208, TEMPS, HORLOGE, SYMÉTRIE DE LORENTZ. Manu

Comparaison de deux horloges pour tester la symétrie de Lorentz.
C'est une petite marotte, j'aime bien quand on titille les limites des lois de la physique. Par exemple, la symétrie de Lorentz affirme que le résultat d'une expérience ne dépend ni de la vitesse ni de la direction du référentiel dans lequel se fait l'expérience. (C'est la base de la relativité et, comme le rappelle Aurélien Barrau, ce n'est pas une loi de la physique, c'est une loi de géométrie.) On l'avait vérifié jusqu'à une précision de 10-19. Le présent article assure 10-21 en comparant durant 6 mois le temps de deux horloges associées, chacune formée d'un seul atome vibrant dans des directions différentes. Elles tâtent donc différemment les rotations de la Terre (sur elle-même et autour du soleil) mais ceci ne change rien à leur expérience du temps qui passe puisqu'elles sont dans le même référentiel.
On admire au passage la compétence des horlogers.

Sanner, C., Huntemann, N., Lange, R., Tamm, C., Peik, E., Safronova, M. S., & Porsev, S. G. (2019). Optical clock comparison for Lorentz symmetry testing. Nature, 567(7747), 204-208. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867608. doi:10.1038/s41586-019-0972-2

jeudi 7 mars 2019

07.03.2019 Nature 567,7746 - lectures de Jacques

-15-16. PUBLICATION, LIBRE ACCÈS, UC, ELSEVIER Gilles
 L’Université de Californie - les plus grands systèmes d’université US – a rompu les négociations avec Elsevier. Pourtant 18% des chercheurs de l’UC ont publié avec Elsevier. Le « y’en a marre » s’étend.

-39-40, 4 articles de 66 – 86.
PHYSIQUE DU SOLIDE, BICOUCHE ATOMIQUE, MOIRÉ. Les chimistes et les physiciens.

Nous avons récemment rapporté que deux couches monoatomiques de graphène légèrement tournées l’une par rapport à l’autre peuvent devenir supraconductrices. Ici sont étudiés (entre autres) des disélénides de Mo ou W qui comme le graphite peuvent se peler en monocouches. Des effets moirés sont obtenus en combinant des monocouches de périodes légèrement différentes ou des bicouches tournées l’une par rapport à l’autre. Contrairement au graphène (conducteur), ces alliages de Se sont plutôt des semi-conducteurs. En bicouches moirées, ils présentent des possibilités extraordinaires – et ajustables - pour jouer avec les électrons mobiles. Par exemple, que devient la photoémission quand les électrons sont corrélés dans le réseau moiré ? Dans un cas rapporté ici, il est constaté que la longueur d’onde reste la même, mais que la largeur de bande est 100 fois plus fine. C’est dire si le phénomène porte la marque de corrélation quantique.
Comme le mois passé, à propos des surfaces topologiques, je cite ces travaux parce qu’ils me semblent ouvrir des possibilités extraordinaires, même si je n’y comprends pas grand-chose. Qui me les explique ?

Seyler, K. L., Rivera, P., Yu, H., Wilson, N. P., Ray, E. L., Mandrus, D. G., . . . Xu, X. (2019). Signatures of moire-trapped valley excitons in MoSe2/WSe2 heterobilayers. Nature, 567(7746), 66-70. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30804526. doi:10.1038/s41586-019-0957-1
et aussi: 10.1038/s41586-019-0975-z, 10.1038/s41586-019-0976-y, 10.1038/s41586-019-0986-9


-87 – 90 NANOHYDRODYNAMIQUE, ÉCOULEMENT, H2O. Res. A.

Une diode à flotte.
Feynman disait fameusement que, dans le tout petit, il y a plein de choses à faire. Cet article poursuit l’étude de l’écoulement de l’eau dans des tubes très fins. Ils ont environ 1/10 de µm de large, mais moins d’un nanomètre d’épaisseur. Leur longueur est de quelques µm. Conséquemment, dans le canal, aucune molécule d’eau n’est à plus de quelques Å d’une surface solide. La doxa de l’hydrodynamique veut que, dans son milieu, une molécule d’eau ne voie que ses plus proches voisines. Ici, nous sommes dans une situation où une forte proportion des voisines ne sont pas des molécules d’eau. Ainsi, l’article rapporte que l’application d’un petit voltage aux bornes du tube favorise jusqu’à 20 fois l’écoulement dans le canal. Il s’agit d’une véritable diode à flotte ! Je doute qu’on en vienne à construire des ordinateurs à eau, mais j’imagine que ces études vont nous permettre de mieux comprendre l’écoulement de l’eau dans les pores membranaires (porine). Pour une cellule, boire correctement est une affaire vitale ; pour nous, elle reste assez mystérieuse.

Mouterde, T., Keerthi, A., Poggioli, A. R., Dar, S. A., Siria, A., Geim, A. K., . . . Radha, B. (2019). Molecular streaming and its voltage control in angstrom-scale channels. Nature, 567(7746), 87-90. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30842639. doi:10.1038/s41586-019-0961-5

vendredi 22 février 2019

La biodiversité, si cruciale pour notre alimentation et notre agriculture, disparaît de jour en jour

La FAO (1) publie le tout premier rapport mondial sur l'état de la biodiversité qui sous-tend nos systèmes alimentaires
De nombreuses espèces associées à la biodiversité, telles que les abeilles, sont gravement menacées.

22 février 2019, Rome - Le premier rapport du genre sur l’état de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture présente des preuves de plus en plus tangibles et inquiétantes que la biodiversité qui sous-tend nos systèmes alimentaires est en train de disparaître, menaçant gravement l'avenir de notre alimentation, de nos moyens de subsistance, de notre santé et de notre environnement.
Une fois perdue, prévient le rapport de la FAO diffusé aujourd'hui, la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture -- c'est-à-dire toutes les espèces qui sous-tendent nos systèmes alimentaires et soutiennent les personnes qui cultivent et/ou produisent notre nourriture - ne peut plus être récupérée.

La biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture comprend toutes les plantes et tous les animaux –sauvages et d’élevage – qui fournissent de la nourriture aux humains, des aliments pour les animaux, des combustibles et des fibres. C'est aussi la myriade d'organismes qui soutiennent la production alimentaire par le biais de services écosystémiques et qu’on appelle la «biodiversité associée». Cela inclut toutes les plantes, animaux et micro-organismes (tels qu'insectes, chauves-souris, oiseaux, mangroves, coraux, herbiers, vers de terre, champignons et bactéries du sol) qui maintiennent la fertilité des sols, pollinisent les plantes, purifient l'eau et l'air, gardent les poissons et les arbres en bonne santé, et combattent les parasites et les maladies des plantes et du bétail.
Le rapport, élaboré par la FAO sous la direction de la Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture, examine tous ces éléments. Il s’appuie sur les informations fournies spécifiquement pour son élaboration par 91 pays et sur l'analyse des dernières données mondiales.

«La perte de la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture compromet sérieusement notre capacité à alimenter et à nourrir une population mondiale en croissance constante. Cela réduit notre efficacité face aux défis croissants du changement climatique et limite notre capacité à cultiver sans nuire à l’environnement», a déclaré notamment M. José Graziano da Silva, Directeur général de la FAO.

«Moins de biodiversité signifie que les plantes et les animaux sont plus vulnérables aux parasites et aux maladies. En plus de notre dépendance à l’égard d’un nombre décroissant d'espèces pour nous nourrir, la perte croissante de la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture met en péril notre sécurité alimentaire déjà fragile», a encore dit M. Graziano da Silva
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       < Lire la suite >>> ICI

                                                          Lecture proposée par Marc Treboux.


(1) Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est l’agence spécialisée des Nations Unies qui mène les efforts internationaux vers l’élimination de la faim.