dimanche 16 février 2020

L'actualité scientifique de Jacques en décembre 2019 et petite livraison pour janvier 2020

05.12.19. Nature 576, 7785
GÉNOMIQUE, ÉTHIQUE, POLICE, CHINE, UYGHUR, XINJIANG.
Réprimer la surveillance génomique.

Nous rapportons depuis longtemps le fichage et la répression des minorités Ethniques en Chine, en particulier les musulmans Uyghurs du Xinjiang. Les Chinois ne sont pas les seuls, mais eux le font à grande échelle, visant toute la population, y compris les étrangers de passage. (Apparemment, les portables de tous les étrangers entrant en Chine sont suivis.) Ils ne s’en cachent presque pas. Toutes les données sont bonnes à prendre en particulier celles qui sont à la pointe de l’intelligence artificielle comme la reconnaissance faciale et le fichage génétique.
Il y a toutefois des points de frictions dont le présent article s’inquiète.
Ainsi la firme chinoise Forensic Genomics International (FGI) séquence (avec des appareils américains) le génome de 100'000 Chinois rendant leurs données accessibles par reconnaissance faciale à travers le WhatsUp local. Que dire alors des firmes de nos pays qui collaborent à de tels développements. Il est rapporté ici que Thermo Fisher Scientific s’y engage avec conviction. On dit que des lobbyistes de cette compagnie déclarent qu’une base de données universelle des ADN individuels est inévitable et que la culture démocratique de nos pays est un sérieux obstacle à cette réalisation.
Depuis plusieurs années, des mouvements publics et des politiciens US s’en offusquent mais les restrictions apportées aux possibilités d’exportation de matériel sensible sont des passoires à larges mailles. Rien de comparable aux restrictions sur les composantes d’importance nucléaires. D’ailleurs, comment contrôler l’usage de technologies sur la base de critères tels que le respect des droits humains ? Une réflexion approfondie à lieu dans certaines ONG et au sein du gouvernement. Il semblerait que les possibilités légales existent et qu’elles ont déjà été utilisées dans d’autres cas.
Autre cas délicat, celui de la recherche dans le domaine des softwares. Que faire dans une conférence internationale sur la reconnaissance vocale quand il apparaît que la forte délégation chinoise met visiblement une priorité à identifier les différentes formes du langage Uyghur ?
Et encore : voir ci-dessous.

Moreau, Y. (2019). Crack down on genomic surveillance. Nature, 576(7785), 36-38. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31796907. doi:10.1038/d41586-019-03687-x

12.12.19. Nature 576, 7786
- 192 – 3. Suite du même problème. Les éditeurs se posent des questions.

Le développement des softwares de profilage des individus va bon train et les articles à ce propos sont nombreux dans les conférences du domaine et les revues spécialisées. Que faire alors de deux articles dans lesquels la forme du visage d’individus Uyghurs est déterminée sur la base de leur génome. Springer Nature s’inquiète. Les auteurs répondent que tous les participants ont donné leur consentement écrit. Que valent-ils dans une population dont on dit qu’un million est en camp d’internement.
Wiley est confronté à un article similaire visant à identifier l’ethnie – Coréen, Tibétain ou Uyghur – par des algorithmes de reconnaissance faciale. Dans un premier temps il a été jugé que l’article respectait les standards du journal.  Sous pression d’un groupe canadien qui dénonce la connotation raciale du langage, le cas est maintenant en révision. L’université australienne d’un des auteurs a aussi demandé à l’éditeur la révision de l’article.
Compliqué !
Van Noorden, R., & Castelvecchi, D. (2019). Science publishers review ethics of research on Chinese minority groups. Nature, 576(7786), 192-193. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31822839. doi:10.1038/d41586-019-03775-y

En fait, la tendance à ficher les individus semble être un fondement de la société moderne imprégnée de IT et de Big data. On n’en est pas surpris, car, comme on le sait, quand les moyens sont là, on les applique ! Pour certains, cela se fait par l’État ou des partis pour des raisons politiques, policières ou électorales. Pour d’autres, ce sont les firmes qui veulent promouvoir leurs ventes. Dans tous les cas, nous, les données, sommes les dindons de la farce.
Ici, comme ailleurs, il est urgent de se réveiller.

Bonnes nouvelles: lumière sur le soleil.
La production d’énergie solaire se développe en Inde bien plus vite que le prévisions. Le prix du kWh se négocie vers 3.5cts. Ici, environ 8cts.
La centrale de Mühleberg a été définitivement arrêtée le 20.12.19 parce qu’elle était devenue insuffisamment rentable. Et puis aussi parce qu’un milliard de ce qui a été mis de côté par l’industrie nucléaire suisse comme réserve pour le démontage est maintenant à portée de main. Mieux, si BKW démontre qu’ils réussissent à nettoyer cette centrale, propre en ordre, dans les temps et dans les prix, wouah, dans quelle position favorable ils pourront entrer dans ce vaste nouveau marché que promet l’enterrement de l’énergie nucléaire.
Dans l’immédiat, cet arrêt réduit d’un coup de 5% la production électrique suisse. Il faudra acheter un peu plus à l’étranger, mais au rythme attendu cette diminution sera compensée en deux ans par le solaire.
Étonnement : à l’occasion de la fermeture de Mühleberg, Mme Sommaruga a parlé a la radio sur un ton dont on n’avait pas l’habitude ; le soleil va tout résoudre vite et bien; ça ne coûtera même pas cher à la Confédération, car le privé s’en chargera. Cela rapportera ici beaucoup d’argent, fera fructifier l’économie et économisera les fortunes que l’on envoie au Moyen-Orient et en Russie. Je croyais presque m’entendre parler.
La mort du nucléaire sera une bonne affaire pour la Suisse.
Assistons-nous à un tournant majeur ? J’y crois et 2020 nous le dira.

16.12.19 Bulletin of the Atomic Scientists 75 (6), Tim Buckley.
SOLAIRE, PHOTOVOLTAÏQUE, INDE,
En Inde, l’avenir est au solaire et le pays y court très vite.

Une bonne nouvelle : Soleil ou charbon ? Même en Inde le second perd.
On se souvient qu’à la COP21, l’Inde était le mauvais élève qu’il avait fallu acheter au dernier moment en lui promettant un accès favorable aux brevets du solaire. Aujourd’hui, la situation a radicalement changé, l’Inde court vers le solaire plus vite que n’importe quel autre pays. Le bon usage de son économie libérale par un système de sous-enchère fait que les sociétés financières se pressent par vastes régions pour se faire attribuer la production et la distribution d’énergie solaire. Au Rajasthan, ils en sont à 2.44 roupies (3,44 cts) par kWh à la prise (21,5 cts chez nous). Le Gujarat et le Tamil Nadu sont aussi parmi les meilleurs emplacements du monde pour la production d’énergie solaire. Reconnaissant les bonnes affaires, les sociétés financières des pays riches s’y engouffrent à tel point que les sociétés locales, qui n’arrivent pas à suivre, demandent que le gouvernement intervienne. La conséquence en est que le charbon – qui fut toujours la source principale d’énergie en Inde – est actuellement stabilisé et que son rôle devrait rapidement décroître.
Ce sont de bonnes nouvelles parce qu’elles dénotent une situation systémique. L’économie va où coule l’argent ; pour l’énergie, il va au soleil
Le présent article (copie chez moi) décrit comment cette situation s’est développée ces quatre dernières années et comment le changement va continuer à s’accélérer.

13.12.19. Science 366, 6471.
La vie qui souffre et meurt. Un article pour faire le point.

Diaz, S., Settele, J., Brondizio, E. S., Ngo, H. T., Agard, J., Arneth, A., . . . Zayas, C. N. (2019). Pervasive human-driven decline of life on Earth points to the need for transformative change. Science, 366(6471). Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31831642. doi:10.1126/science.aax3100

Petersen, A. M., Vincent, E. M., & Westerling, A. L. (2019). Discrepancy in scientific authority and media visibility of climate change scientists and contrarians. Nat Commun, 10(1), 3502. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31409789. doi:10.1038/s41467-019-09959-4


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Petite livraison pour janvier 2020.

23.01.20. Nature 577, 7791
GÉOPHYSIQUE, ALLUVION, FLEUVE, DELTA, AGRICULTURE
La surface des deltas des fleuves du monde.

Devinette : la surface des deltas des fleuves du monde croît-elle ou diminue-t-elle ? Pensant à l’élévation du niveau de la mer et à l’augmentation des tempêtes, sans doute dirons-nous qu’ils diminuent. Eh bien non ! Sur la base de 30 ans de données satellitaires sur 11'000 delta marins, les auteurs concluent à une légère augmentation. Pourquoi ? La réponse est édifiante.
D’abord, il faut remarquer que l’élévation du niveau de la mer – 10 cm durant la période considérée – est trop négligeable pour être considérée. Et puis que les deux paramètres importants sont l’effet des vagues sur la redistribution des sédiments et les sédiments apportés par la rivière et ce sont ces derniers qui sont déterminants. La quantité de sédiments diminue avec la construction de barrage en amont, mais augmente à cause de la déforestation et des pratiques de l’agriculture. Finalement, ce sont ces dernières qui dominent.
Preuve supplémentaire de l’empreinte de l’homme sur la nature. Ça ne va pas !
Le commentaire: van de Giesen, N. (2020). Human activities have changed the shapes of river deltas. Nature, 577(7791), 473-474. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31969723. doi:10.1038/d41586-020-00047-y
L’article: Nienhuis, J. H., Ashton, A. D., Edmonds, D. A., Hoitink, A. J. F., Kettner, A. J., Rowland, J. C., & Tornqvist, T. E. (2020). Global-scale human impact on delta morphology has led to net land area gain. Nature, 577(7791), 514-518. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31969725. doi:10.1038/s41586-019-1905-9



La Fabrique du mensonge.
Annonce de la conférence par Stéphane Foucart

Le 7 mai prochain aura lieu la deuxième des conférences Nobel, cadeau de l’UNIL à l’occasion de mon prix. La première a été donnée par Aurélien Barrau le 3 octobre de l’an passé. https://agenda.unil.ch/display/1566809986268.
Ce fut remarquable.
Avec la prochaine, nous ferons connaissance avec Stéphane Foucart, journaliste au Monde, engagé à dénoncer l’activité de tromperie du monde commercial afin d’assurer l’épanouissement de ses business criminels. Qu’il s’agisse de cigarettes, de sucre ou de produits phytosanitaires, tout y est. Parmi ses livres les plus connus, citons :
Claude Alègre et Cie, enquête sur les ennemis de la science (2010).
La fabrique du mensonge (2013).
Et le monde devint silencieux (2019).
Il faut savoir que la machine mise en place par l’industrie pour tricher sur la connaissance est formidable. On peut le révéler en un chiffre : lors du récent procès des 12 joueurs de tennis au Crédit suisse, le juge a pris connaissance du fait que, depuis la COP21 à Paris en 2015, 800 millions de § ont été dépensés pour soutenir les négationnistes du climat. Ce chiffre, même très grand, c’est peu, car le scandale est énorme, il dure depuis longtemps et il est parfaitement documenté. Un récent no. de Nature, 578 (7793), 28 – 29, du 6 février 2020 propose la récession du plus complet des ouvrages sur le sujet : Michaels, D. (2020). The triumph of doubt: dark money and the science of deception. : Oxford Univ. Press.
Lisez et venez écouter Foucart le 7 mai.