dimanche 17 mars 2019

17.03.2019 Nature - Lectures de Jacques


- 145, 165 – 168. BIOTECHNOLOGIE, MANIPULATION GÉNÉTIQUE, EMBRYON HUMAIN. Alain K, Lazare,
La naissance en février de deux jumeaux dont le génome est probablement manipulé a induit un cri de réprobation unanime dans le monde de la biotechnologie comme dans celui de l'éthique : halte, pas de ça ; on ne touche pas le génome des cellules germinales ! L'auteur de la manipulation est dénoncé comme un affreux tricheur. Il a été licencié de son université de Shenzhen. Il semble qu'on l'ait fait disparaître.
Seulement voilà, on ne fera pas disparaître le désir d'agir sur l'ADN humain dans quelque but que ce soit. Il est donc urgent de s'entendre sur des règles qui devront être contraignantes, mais pas trop. L'insipide éditorial de ce numéro ne nous y aide pas beaucoup. L'analyse plus approfondie par des pontes historiques de la manipulation génétique (Lander et al.), dont certains des contributeurs actuels, est plus substantielle. Ces auteurs demandent fermement un moratoire sur l'édition du génome héritable, mais veillent à préserver à peu près toutes les autres options.
Je note qu'Emmanuelle Charpentier et Feng Zhang sont parmi les auteurs de cette déclaration, mais Jennifer Doudna n'en est pas. Est-ce un effet du conflit de brevet dans lequel elle est impliquée avec Zhang ou faut-il en chercher la raison dans des divergences concernant l'éthique de l'édition du génome ? L'élaboration prochaine de règles fortes sera compliquée si la deuxième possibilité est la bonne.
NB : Le no suivant de Nature (567, pp. 444-5) apporte des éléments supplémentaires. La proposition Lander et coll. citée ci-dessus demande un moratoire pour une période fixée et limitée. L'Accadémie des sciences US ainsi que la Royal Society anglaise s'y opposent. Elles veulent que le moratoire s'applique jusqu'à ce qu'un accord général fort soit atteint. L'OMS, qui est l'organe tout désigné pour mener le débat, ne se dégonfle pas. Le 19 mars, il en appelle aux scientifiques à participer à un groupe auquel il donne 18 mois pour faire des propositions. Dans la section « Correspondence ». Wolinetz et Collins ainsi que Dzau et coll. vont dans le même sens. Comme disent ces derniers auteurs « Vu l'importance globale de l'édition génomique, on ne peut pas décider quoi que ce soit avant d'avoir trouvé un consensus ». Et quand je lis « importance globale », je pense bien sûr à Harari, Homo Deus.

Dzau, V. J., McNutt, M., & Ramakrishnan, V. (2019). Academies' action plan for germline editing. Nature, 567(7747), 175. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867614. doi:10.1038/d41586-019-00813-7
Wolinetz, C. D., & Collins, F. S. (2019). NIH supports call for moratorium on clinical uses of germline gene editing. Nature, 567(7747), 175. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867615. doi:10.1038/d41586-019-00814-6
Lander, E. S., Baylis, F., Zhang, F., Charpentier, E., Berg, P., Bourgain, C., . . . Winnacker, E. L. (2019). Adopt a moratorium on heritable genome editing. Nature, 567(7747), 165-168. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867611. doi:10.1038/d41586-019-00726-5

-147 ; 153 – 154. EBOLA, SANTÉ PUBLIQUE, AFRIQUE, RDC

Pas moyen de venir à bout d'Ebola qui revient sans cesse en Afrique. À fin février l'épidémie qui est repartie en République Démocratique du Congo (RDC) avait infecté plus de 1000 personnes avec une létalité particulièrement haute (60%), malgré le fait qu'on sache mieux comment intervenir et que plusieurs médicaments expérimentaux sont, en principe, disponibles. Le problème est que, dans cette région nord-est du pays, les conflits entre groupes armés ont tué quelque six millions de personnes ces 20 dernières années et que la situation ne s'arrange pas. Au contraire, elle a empiré quand le gouvernement a décidé de bloquer la région, sans doute comme manœuvre associée à l'élection générale récente. MSF et l'OMS essaient bien de poursuivre leur action, mais il y a des régions qu'ils doivent temporairement quitter. Elles deviennent des foyers incontrôlés.
Ebola en RDC, un tragique exemple de ce qui ne va pas en Afrique. Pourtant, l'éditorial de ce même numéro (p. 147) est une feuille de route sur ce qu'il faudrait faire pour sortir l'Afrique de ce pétrin sanitaire. La réponse est dans les mains des experts de la santé et les politiciens qui se sont réunis ce mois à Addis-Ababa pour étudier comment les institutions nationales de santé publique des 55 pays membres pourraient trouver les 2 – 3,5 milliards nécessaires au fonctionnement du Centre africain de contrôle et prévention sanitaire (African CDC). La source principale ne sera certainement pas africaine.
À lire les rapports de Public Eye sur l'exploitation financière de la RDC (référence) par des institutions genevoises ou zougoises, on peut se dire que la Suisse aurait de quoi se montrer généreuses.

-151 et New York Times, 23.01.2019, Sabine Hossenfleder
CERN, POLITIQUE SCIENTIFIQUE, FINANCE. Gilles

Le 5 mars, la direction du CERN a approuvé le financement de l'expérience FASER destinée à détecter les éventuelles particules de la matière noire dont la principale propriété est de ne pas se montrer. Pourtant, elles sont, peut être, crées lors des formidables collisions au cœur du LHC. Selon certaines théories, des particules de matière noire pourraient changer de nature après leur création et se transformer en honnêtes particules de chez nous. Ainsi l'expérience FASER consiste à placer, dans un tunnel inutilisé non loin du LHC, un détecteur spécialement ajusté pour ces particules-là. La chose amusante, c'est que le détecteur mesure 20 cm de large et l'expérience est budgétée à 1 million.
Quant au fleuron du CERN, le LHC, il a coûté 5 milliards, il a rapporté un prix Nobel pour le boson de Higgs et il a confirmé et reconfirmé la décevante constatation que tout ce qu'il découvre ne fait que vérifier la vieille théorie de 40 ans. Pourtant, on sait que cette théorie n'est pas cohérente. Quelque part elle doit se casser.
Alors, en début d'année, le CERN a annoncé son nouveau plan : un accélérateur, encore plus grand que le LHC (100 km au lieu de 27) et encore plus fort (peut-être 100 TeV au lieu de 12). Les optimistes disent qu'il coûtera 10 milliards. Le problème sur lequel insiste Mme Hossenfelder, est que la nouvelle physique que l'on aimerait faire apparaître est attendue pour des énergies comprises entre un peu plus que ce que l'on explore avec les machines actuelles et 1015 fois plus.  Doit-on alors imaginer qu'avec son gain d'facteur 10, le nouveau LHC aura une chance sur 15 d'entrer dans le domaine espéré ? C'est cher payer pour 7% de chance de succès.
D'autant plus qu'il y a peut-être d'autres voies. Le million du FASER en serait-il une illustration ? Une autre façon de penser consisterait à ne pas mettre tant d'effort à fabriquer la haute énergie sur Terre, mais à aller voir là où elle existe déjà, dans les phénomènes cosmiques.
Alors donc, faut-il fermer le CERN au plus vite ? Je n'arrive pas à m'en convaincre. On pourrait encore en discuter si on était sûr que l'argent économisé serait bien utilisé. Mais voilà, depuis 50 ans, le CERN construit les plus grandes machines jamais réalisées par l'homme dans le but unique de créer de la connaissance ouverte à tous dans le cadre d'une collaboration internationale qui n'a peut-être jamais eu d'égal. Alors, avant de fermer, on réfléchit à deux fois. Je reste un fan – en espérant que les expériences du type Faser y fleurissent sans avoir besoin d'un tunnel 4 fois plus long que le précédent.

-204-208, TEMPS, HORLOGE, SYMÉTRIE DE LORENTZ. Manu

Comparaison de deux horloges pour tester la symétrie de Lorentz.
C'est une petite marotte, j'aime bien quand on titille les limites des lois de la physique. Par exemple, la symétrie de Lorentz affirme que le résultat d'une expérience ne dépend ni de la vitesse ni de la direction du référentiel dans lequel se fait l'expérience. (C'est la base de la relativité et, comme le rappelle Aurélien Barrau, ce n'est pas une loi de la physique, c'est une loi de géométrie.) On l'avait vérifié jusqu'à une précision de 10-19. Le présent article assure 10-21 en comparant durant 6 mois le temps de deux horloges associées, chacune formée d'un seul atome vibrant dans des directions différentes. Elles tâtent donc différemment les rotations de la Terre (sur elle-même et autour du soleil) mais ceci ne change rien à leur expérience du temps qui passe puisqu'elles sont dans le même référentiel.
On admire au passage la compétence des horlogers.

Sanner, C., Huntemann, N., Lange, R., Tamm, C., Peik, E., Safronova, M. S., & Porsev, S. G. (2019). Optical clock comparison for Lorentz symmetry testing. Nature, 567(7747), 204-208. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30867608. doi:10.1038/s41586-019-0972-2